Je suis un artiste dégagé, disait Pierre Desproges.
Personnellement, je ne suis pas un artiste, mais j'avais la prétention d'être dégagé.
Pourquoi? Eh bien, parce que (cf mon article sur Harry G. Frankfurt), quand un citoyen lambda au cerveau lambda estime qu'il est de son devoir d'avoir un avis sur tout (ou surtout un avis), il raconte énormément de conneries. Et donc, plutôt que d'aggraver mon ulcère en m'impliquant émotionnellement dans ce processus, je préférais en rire, me moquant des vains engagements et des envolées lyrico-humanistes en vogue dans les cercles abonnés à Bien-Pensant Magazine.
Or, les années passant, je m'aperçois, malheureusement, que c'est un engagement dur à tenir.
Je me politise (je vais sans doute même aller voter, dans trois semaines, c'est dire), je prends parti (contre et non pas pour), comme le montrent quelques articles dans ce blog (heureusement peu nombreux), et moi aussi je me mets à raconter des conneries, et je m'irrite quand j'en entends d'autres qui contredisent les miennes.
Vite, calmons ces ardeurs post-adolescentes par un peu de bromure, quelques flagellations fessières avec des orties fraîchement coupées et la relecture intégrale des Chroniques de la Haine Ordinaire.