Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
Je l'ai, je crois, déja dit ici, je suis un peu fataliste. Pas franchement le fatalisme stoïcien que raille Diderot dans Jacques le Fataliste et qui nierait tout pouvoir a la volonté humaine.
Non, plutot un fatalisme a la Hugo, qui écrit dans les Miséroïdes: "Nous avons beau tailler de notre mieux le bloc mystérieux dont notre vie est faite, la veine noire de la destinée y reparait toujours". Pour paraphraser, l'Homme conduit sa vie, mais il reste soumis a des évenements, positifs ou négatifs, qui le dépassent, sur lesquels ses actions quelles qu'elles soient n'ont aucune influence. La chance, ou la malchance, se provoquent, mais ne se controlent pas...
Comme le dit Mario Vargas Llosa dans sa fort intéressante analyse des susmentionnés Misérables, La tentation de l'Impossible, il est amusant qu'un homme de la trempe d'Hugo, "poete, romancier, politicien, académicien, ..., amant multiple, dessinateur, ..., mentor et conscience de sa société, révolutionnaire de l'éthique et des moeurs de son temps" souscrive a ce genre de théories, alors que la "fatalité" semble avoir joué un role extremement mineur dans sa vie comparativement a "la volonté, le travail, le sacrifice, la discipline, la confiance en soi, l'ambition, l'imagination et bien sur une extraordinaire aptitude au maniement de la langue française". Vargas Llosa souligne qu'Hugo fut au contraire le genre d'homme qui plia le destin a sa volonté plutot que de s'y soumettre.
Mais la "veine noire" ne l'épargna pas, de l'exil a la noyade de sa fille Léopoldine lors du dernier mascaret ayant touché la Seine... Comme il l'écrivit a Juliette Drouet, il sut faire la part de la fatalité, écrivit quelques uns de ses plus beaux poemes pour la défunte, écrivit quelques une de ses plus belles pages pendant ses dix-sept années d'exil.
Laissons la Victor et revenons plutot a cette "philosophie de vie", finalement mélange de fatalisme et de déterminisme, qui me va bien car elle s'accorde a ma façon de voir le monde, ni noir ni blanc, mais plutot gris, plus foncé que clair.
En meme temps, est-ce que vous connaissez l'histoire de Steven Bradbury?
Champion olympique de patinage de vitesse en 2002 a Salt Lake City, il fut repeché au stade des quarts de finale par disqualification du 2eme alors qu'il avait terminé 3eme, seuls les 2 premiers étant qualifiés. En demi-finale, bon dernier, une chute collective de trois patineurs dans le dernier tour lui permit d'accrocher la seconde place. En finale, bon dernier encore, une chute collective, encore, mais cette fois-ci des quatre autres coureurs de la course a quelques metres de l'arrivée fit qu'il passa la ligne en vainqueur, les favoris rampant misérablement derriere lui pour au moins accrocher le podium.