Un article que je voulais ecrire il y a longtemps.
Le 1er janvier 2008, tous les établissements sont devenus non-fumeurs (excepté le foyer des éleves de mon ex-ecole, peuplée d'irréductibles emmerdeurs totalement irrespectueux, qui, pour la plupart, dois-je l'avouer, me manquent).
Je ne sais pas si je dois m'en réjouir.
Description: Je suis ce que les américains appellent un "fumeur social". Je n'ai pas dépassé le stade mental du lycéen (ou du collégien) qui fume pour etre cool quand il veut s'intégrer parmi les rebelles fumeurs, les cadors. Bref, quand je suis avec mes potes (en grande majorité gros fumeurs), je fume. Probablement 4-5 cigarettes par jour (quand je les cotoie en permanence, comme au cours des trois dernieres années), parfois plus en soirée. Quand je suis chez moi, je ne fume pas, quand je pars en vacances ou travaille dans un environnement non-fumeur je ne fume pas, et depuis que je suis aux Etats-Unis, je n'ai pas fumé une cigarette, et je n'en ai pas souvent eu l'envie.
Il faut dire qu'ici, on ne peut fumer que dehors, et quand il fait -10 avec 50 km/h de vent, il faut etre motivé. Ou dépendant. Je ne le suis pas assez.
Cependant, je pense que je refumerai quand je rentrerai en France, sans doute pas autant qu'avant mon départ, mais au moins occasionnellement.
Ceci posé, revenons a mon interrogation initiale.
Pour les restaurants, la réponse est clairement oui. Surtout dans les "bons". C'est agréable de pouvoir gouter a de la cuisine de haute qualité sans avoir a vos cotes
rustre sans éducation (mais riche) vous soufflant sa fumée de gitane dans les naseaux ou allant se planquer dans les chiottes pour attiser ses papilles gustatives de quelques bouffées de cigare cubain.
Bon, j'aurais aimé, de facon un peu egoiste, que dans les salons privés, pour les groupes, on puisse laisser le choix aux convives: ca aurait evite que mes 10 potes aillent s'en griller une toutes les trois minutes laissant les deux abstinents a table comme deux glands. Je dois avouer qu'a l'epoque ou ils clopaient a table, la bouffe avait moins de gout (on allait pas chez Ducasse de toute facon), mais il y avait du rythme dans la conversation...
En ce qui concerne les etablissements de nuit, je suis plus sceptique. Je dois avouer que c'etait agreable de pouvoir s'en griller une avec sa pinte de Kilkenny ou de Gordon Red. Un des petits plaisirs (pas tres sain) de la vie. Je sais bien que c'est désagréable pour les non-fumeurs, mais on aurait pu laisser le choix aux établissements, pour qu'ils deviennent soit totalement non-fumeurs, soit totalement fumeurs (les non-fumeurs opprimés me diront que oui mais dans ce cas la tous les mechants patrons de bar choisiront d'etre etablissements fumeurs: je ne suis pas sur, meme avant le vote de la loi, de plus en plus d'etablissements parisiens fraichement crees etaient totalement non-fumeurs). On aurait pu essayer de faire appliquer correctement la loi Evin aussi. Bref, on aurait pu essayer beaucoup de choses avant d'en arriver a cette extremite un peu bebete, a mon sens.
Stephen Mc Cauley, dans Sexe et dépendances (livre assez moyen par ailleurs, je conseillerai plutot "Et qui va promener le chien?") fait une remarque assez fine sur la condition des fumeurs. Le personnage principal remarque, hors de la maison ou se tient une soirée mondaine, une jolie jeune femme seule sous la pluie en train de fumer. Il constate que vingt ans auparavant, les fumeurs etaient "fashion", toutes les stars hollywoodiennes fumaient, la cigarette était sexy. Puis la chute. Et maintenant, ce sont des parias. Qui en plus de ne pouvoir fumer nulle part, sont sans cesse morigénés, psychanalysés, honnis.
Effectivement, les fumeurs sont un bon
bouc emissaire. Qu'on ne se méprenne pas, je trouve ca bien que les non-fumeurs aient "gagné la bataille". Je trouve juste ca dommage qu'il y ait eu "bataille", par la faute de fumeurs irrespectueux et ayant trop longtemps abusé de leur position dominante. Je trouve ca dommage qu'apres la "bataille", les non-fumeurs n'aient pas fait preuve d'un peu de "pitié" et aient achevé l'adversaire deja a terre. Sans doute que la vengeance est un plat qui se mange froid et qu'il fallait faire payer les fumeurs pour toutes les humiliations subies depuis cent ans. Mais je regrette qu'on n'ait pas su ou pu trouver une solution acceptable pour cohabiter (pour reprendre le cri d'amour du crapaud). C'est sans doute mon cote Bisounours.