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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 09:19
Qui choisir le 6 mai?

A notre droite, un ambitieux peu scrupuleux aux dents plus grandes que lui (certainement il faut l'être pour briguer la magistrature suprême, mais ça se voit beaucoup plus chez lui que chez d'autres), représentant tout ce qu'il y a de moins admirable en politique - la gloire personnelle comme seul sacerdoce -, à la vision manichéenne du monde et des gens, exacerbant les sentiments communautaristes par ses prises de position (est-ce la meilleure chose à faire dans une France jusque là "symbole", vacillant certes mais "symbole" tout de même, de mixité socio-culturelle?). Pour schématiser -mais pas tant que ça tant ce monsieur se présente lui-même comme l'apôtre du parlé vrai - d'un côté la France qui se lève tôt, honnête, la majorité silencieuse qui respecte les lois et accepte sa misère, de l'autre les pédophiles génétiques, les racailles bronzées, les immigrés clandestins ou  juste immigrés, les chômeurs fainéants ou assistés, et les fraudeurs de métro. Au milieu, la Police.
Un homme qui se présente comme le défenseur de la veuve et de l'orphelin, de la France qui souffre, montrant son émotion à tous les passants à chaque drame social, nous citant Jaurès 27 fois en 62 minutes de discours., mais ami des grands patrons, du showbiz dans ce qu'il a de plus reluisant, bref de la France qui ne se lève pas forcément tôt mais qui en tout cas n'a pas de problèmes de fin de mois.
Un homme au pouvoir  ces dix dernières années,  numéro 3  du dernier gouvernement, qui parvient (doit-on l'admirer pour cela?) à se poser en candidat de la "rupture" auprès de millions d'électeurs.
Un homme qui est allé chercher les électeurs du Front National un par un en reprenant ses idées une par une.
Un homme à la rhétorique bluffante pour la ménagère de moins de 50 ans, "mais qu'est-ce que vous voulez madame? Vous voulez une France où on viole votre fille dans le métro? Moi ce n'est pas la France dont je rêve". Un homme qui dit tout et son contraire, comme le montre le sociologue Eric Fassin et rend ainsi toute contradiction impossible. ("Car à force de dire tout et l'inverse de tout, Nicolas Sarkozy parvient à son but : on ne sait plus où on en est. On rassure les parents (des jeunes suicidés), déclarés non responsables, et on stigmatise les parents irresponsables (des jeunes délinquants). On dénonce les violences (à la gare du Nord), et on justifie les violences (des marins qui incendient le Parlement de Bretagne). On s'affiche en défenseur des classes populaires, et on redistribue l'argent aux riches. On fait miroiter des régularisations, et on donne en spectacle des expulsions. On se pose en ami des minorités raciales, et l'on couvre les violences policières racistes. On invoque l'identité nationale et ses relents maurrassiens, pour la définir ensuite par l'égalité républicaine entre les sexes. Dans les banlieues, on manipule tour à tour le lexique de la "racaille" et de la "discrimination positive". Et de même sur l'école et le travail, l'islam et la laïcité, l'économie et l'écologie, l'Amérique et l'Europe, bref, sur tous les sujets. En ne respectant jamais le principe de non-contradiction, le candidat rend la contradiction impossible : comment s'opposer à lui quand il dit tout et son contraire ?").
Un homme dont les mesures phares (droit de succession, baisse des prélèvements obligatoires, plein emploi...) ont été démenties par son propre état major quelques jours à peine après leurs annonces, et de fait reportées à 2012 (songerait-il déjà à sa réélection) ou aux calendes grecques.
Un homme affirmant à outrance ses valeurs chrétiennes et n'excluant pas de revenir sur la loi de 1905 dans un pays où la laïcité est une force depuis plus d'un siècle.
Un homme enfin atlantiste qui n'aurait sans doute pas eu la "grandeur" politique (je ne parle pas de la taille) de faire ce qui fit son prédecesseur (que je ne croyais pas regretter).

A notre gauche, une femme (pourquoi le souligner? eh bien, elle en joue autant que ses adversaires) certes belle  mais peu charismatique ou à tout le moins manquant d'éloquence naturelle (c'est une litote).
Une candidate de plus plombée par un parti scindé entre une aile sociale-démocrate et une frange relevant de "la vieille orthodoxie socialiste", "la dernière en Europe de l'Ouest" comme le souligne fort justement le Wall Street Journal (Nul n'est prophète en son pays, tant il est vrai qu'on analyse plus justement une situation qui ne nous concerne que très peu). D'où un programme foutoir, au budget intenable, grand écart pour tenter de séduire à la fois les anti-libéraux et les centristes.
Une femme qui semble aussi autoritaire dans ses décisions que son adversaire, vis-à-vis de son état-major tout du moins, et peine à faire cohabiter ces deux franges (qui auraient du se séparer après le referendum sur la Constitution Européenne) pour l'union sacrée, alors que 12 années de chiraquisme ayant laissé la France exsangue, il y avait sans doute un chemin grand ouvert pour une victoire "aisée" des socialistes s'ils avaient opté pour une sociale-démocratie claire et précise. En effet, la mondialisation est sans nul doute criticable, mais la France ne s'en sortira pas en se battant seule contre le reste du Monde, ce qui semble être le crédo de la frange gauche de la gauche. Par contre, il me semble possible de faire survivre le modèle social français tout en s'adaptant à l'économie de marché. Or, la survie de notre modèle social ne semble pas la priorité du candidat de l'UMP, malgré qu'il en ait.

Personnellement, je voterai à gauche, par attachement à une conception de la societé (et par opposition à une autre vision de la société et à l'homme qui l'incarne) plus que par adhésion sans faille à un parti et sa candidate (sans cet homme, je me serais sans doute abstenu).
Mais, une fois de plus, c'est à l'étranger qu'il faut trouver une conclusion pertinente:

"Une France cassée en deux", titre Le Temps, quotidien suisse. "L'aspect moins positif de ce vote est que la France apparaît profondément divisée. Les scores élevés de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, l'élimination de François Bayrou reflètent une faille souterraine entre deux France, qui ne se parlent guère et ne se comprennent plus. La France qui a voté Royal ne dit pas non à toute réforme, mais rejette l'opération sans anesthésie que semble lui préparer le docteur Sarkozy. L'opposition de leurs projets de société, ostensiblement revendiquée par les vainqueurs, donne l'impression que ces deux France ne vivent plus dans le même monde. Cela promet une bataille épique en vue du second tour. Et quelques difficultés pour le prochain président, ou la prochaine présidente, qui aura la lourde tâche de faire avancer un pays coupé en deux (effectivement à mon sens bien plus que lors des précédents duels droite-gauche: comme le souligne le Temps, cela est dû à une opposition de projets de société -qui a toujours existé mais qui est exacerbée par le sentiment ressenti assez généralement d'un déclin de la France et des conditions de vie- et, sans doute également par la personnalité du candidat de droite et son programme clairement plus "musclé" que ce à quoi les "gaullistes" nous avaient jusque là habitué, NdMix)."



PS: juste parce que j'y ai pensé dimanche, ce qui ne veut pas dire que c'est très constructif, tiré de Renaud, Hexagone, une chanson qu'elle est bien -c'était du temps de société tu m'auras pas mais malheureusement depuis elle l'a eu-:
"j'me souviens surtout d'ces moutons,
s'en allant voter par millions
pour l'ordre et la sécurité."
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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 11:42
L'un n'est pas de moi, mais je l'ai trouvé fort bien trouvé et écrit:

"Il y a une tendance chez certains lecteurs à valoriser une opinion parce qu'elle heurte "la bien pensance", le "politiquement correct", les "tabous" (poncif au choix). Dans l'histoire du 20ème siècle les hommes politiques les plus "politiquement incorrects", qui remettaient en cause les notions (tellement "convenues"!) de droits de l'homme ou d'humanisme, n'ont pas donné de très bons résultats. Le "politiquement incorrect" est souvent le voile contemporain et chic de la connerie."

Par un lecteur inconnu du Monde, en réaction au "débat " inné-acquis suscité par les propos "douteux" de notre (jespère ex) futur président.

Le deuxième est de moi et pourrait être quelque chose comme ça:

"L'idéal socialiste est une position moralement délicate à défendre. Si vous êtes pauvre, on pourra toujours vous objecter que la redistribution des richesses est tout à votre intérêt. Si vous êtes riche, un cynique comme moi pensera que vous vous donnez une bonne conscience humaniste à peu de frais (sachant, que, dans les faits et même avec un gouvernement de gauche au pouvoir, le principe de redistribution reste très mesuré)".
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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 11:05
Avant, on parlait de cons. Certes, la connerie est subjective (même si certains cons sont, à part pour eux-mêmes, très objectifs de ce point de vue là), et on est tous le con de quelqu'un, mais tout le monde s'y retrouvait.
Maintenant, on parle de "bobos".
"Bobos", c'est la nouvelle insulte à la mode, qui désigne tout mais surtout son contraire (souvenez-vous de la chanson de Renaud), constamment péjorativement quoi qu'il en soit.
Le "bobo"  (on est parfois loin du bourgeois bohème) peut-être:
-Parisien (donc arrogant, hautain, qui dit pas bonjour dans le métro parce que c'est bien connu dans toutes les autres grandes villes de France on se met des grandes claques dans le dos le sourire au lèvre dans les transports en commun lorsqu'on va au travail, convaincu de sa supériorité surtout vis à vis de la province) ou alors provincial mais qui imite les parisiens.
-Intellectuel (ça va avec Parisien, pour le côté méprisant envers la plèbe, le vulgum pecus), normalien, chercheur, artiste.
-Gauchiste, de gauche (souvent accolé à "intellectuels"). Ca va du fonctionnaire ou syndicaliste à la gauche caviar, ce qui commence à ratisser large.
-Mais aussi nouveau riche (du coup, on s'éloigne du gauchiste fonctionnaire) s'habillant ultra-mode, métrosexuel et fréquentant les endroits lounge.

Enfin soyons rassurés, un gros boeuf bouseux aculturé moustachu rougeaud de droite décomplexée, on peut continuer à appeler ça un beauf', merci Cabu.
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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 10:12

Suite à une discussion quelque peu houleuse avec ma (future) belle-sœur, et à la lecture d’un entretien Onfray-Sarkozy par ailleurs peu intéressant, mon aimée me fit remarquer l’existence d’un argument commun chez la droite décomplexée.

Le voici, peu ou prou : lorsqu’on parle de nazisme, de terrorisme, voire simplement de violences urbaines, il est de bon ton de dire qu’ « il n’y a rien à comprendre, on ne peut pas comprendre ». Je vais tenter d’expliquer un peu ce qui se cache derrière cette massue.

Grosso merdo, cela signifie que ces gens là ne sont pas comme nous, qu’il y a d’un côté les bons (qui respectent l’ordre) et de l’autre les mauvais (on commence par brûler une poubelle ou jeter des cannettes sur des policiers, puis on finit par détourner des avions où manger des enfants juifs). Sarkozy va même plus loin dans le même entretien en évoquant des tares génétiques pour évoquer la pédophilie (lire la réponse cinglante du généticien Axel Kahn à ce sujet -certes peu partisan de notre ministre, dans Marianne il me semble).

L’autre sous-entendu de l’assertion, c’est que ceux qui essayent de comprendre sont forcément du côté des méchants (voir par exemple les déclarations tout en finesse suite aux  "émeutes" Gare du Nord).

Or, je crois pouvoir affirmer que, ne serait-ce que d’un point de vue purement sémantique « comprendre » est fort différent d’  « excuser » ou d’ « absoudre ».

On peut rechercher les causes, d’un point de vue social, psychologique, historique, économique, politique ou autres, d’actes que par ailleurs on réprouve de toute son âme.

Il me semble également important d’assumer « la banalité du mal » dont fait mention Hannah Arendt (Eichmann à Jérusalem). Il est trop facile de dire qu’en 40, nous aurions tous été résistants, que si nous avions été allemands nous aurions dénoncé la barbarie nazie, que si nous étions palestiniens nous nous opposerions à l’intifada, ou, plus proche de nous, que si nous étions jeunes des cités, nous serions des modèles de vertu pointant à l’ANPE tous les matins avec bonhomie. Certes, se dire que la « barbarie » (j'emploie ce terme générique bien qu'évidemment, les exemples pris ci-dessus n'aient rien à voir les uns avec les autres) peut potentiellement venir de chacun d’entre nous, est moins sécurisant pour le confort moral du bon citoyen, mais c’est, je le crois fermement, bien plus proche de la vérité.

Non, le mal n’est pas une tare génétique ou quelque chose qu’il faut de toute façon, refuser de comprendre. Non, chercher des explications contextuelles ne revient pas à absoudre mais permet, peut-être, un peu, d'essayer de faire en sorte que de tels actes ne se (re)produisent pas (plus).

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26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 10:28
Non, pas de mauvais jeu de mots scabreux dans ce titre.
Simplement, je viens de terminer "Complot contre l'Amérique" de Philip Roth. L'écrivain y imagine ce que l'Amérique serait devenue durant la seconde guerre mondiale si Lindbergh, l'aviateur, antisémite notoire et icône populaire, avait accepté de se présenter à l'élection sous la bannière républicaine contre Roosevelt en 1940, et s'il avait été élu.
Roth décrit un quotidien qui devient de plus en plus insupportable pour les familles juives, une peur qui enfle sans pourtant qu'il n'y ait grand chose de concret (au moins au début) et c'est sans doute la grande force du livre, plus que s'il avait décrit une Amérique sombrant dans le totalitarisme. Jamais dans le livre la "démocratie" ne disparaît, et pourtant.
L'une des premières mesures du gouvernement Lindbergh, pour favoriser "l'intégration" des juifs à la nation américaine, est de créer un "Bureau d'assimilation", qui envoie de jeunes juifs travailler dans des bonnes familles américaines de souche, pendant les mois d'été. Sous couvert d'intégration, cette mesure crée des tensions au sein des familles juives entre parents inquiets et adolescents malléables.
Puis, dans un deuxième temps, de délocaliser des familles entières des castes ouvrière ou petite-bourgeoise de régions fortement juives (en gros, la côte est) vers des régions qui ne le sont pas (le centre). Sous couvert d'intégration, cette mesure renforce un anti-sémitisme latent avant finalement d'attiser la haine en propulsant dans des endroits assez peu ouverts à la différence des familles juives désormais sans protection d'un voisinage majoritairement juif lui aussi.

Cela me fait penser, assez fortement et de manière franchement pas très agréable, à un projet de ministère français proposé par un candidat que je ne nommerais pas, qui lui aussi parle d'identité nationale, d'intégration et de ce genre de choses, assez nauséabondes, car elles jouent sur la xénophobie (au sens littéral) et tendent à vouloir nier les différences en créeant quelque chose comme un modèle unique de bon français.

Je n'ai pas 14 ans, je n'aurais pas cru citer un jour Diam's, et Dieu sait que je me sens éloigné de cette (in)culture rap bourrée de clichés testostéronés et de ces bobos babas béats devant le look ou l'"idéologie" (même si dans idéologie il y a idée, c'est dire combien le terme est inapproprié ici) caillera, mais j'aime bien le dernier couplet de sa dernière chanson:
Ma France à moi, c'est pas la leur, celle qui vote extrême,
Celle qui s' croit au Texas, celle qui à peur de nos bandes,
Celle qui vénère Sarko, intolérante et gênante.
Celle qui regarde Julie Lescaut et regrette le temps des Choristes,
Qui laisse crever les pauvres, et met ses propres parents à l'hospice,
Non, ma France à moi c'est pas la leur qui fête le Beaujolais,
Et qui prétend s'être fait baiser par l'arrivée des immigrés,
Celle qui pue le racisme mais qui fait semblant d'être ouverte,
Cette France hypocrite qui est peut être sous ma fenêtre,
Celle qui pense que la police a toujours bien fait son travail,
Celle qui se gratte les couilles à table en regardant Laurent Gerra,
Non, c'est pas ma France à moi, cette France profonde...
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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 14:38

Au restaurant. Encore. Ma vie s'y passe.

Rencontre avec un vieux dilettante, psychanalyste ou sociologue de mes deux, qui osa interrompre mon repas pour me dire que, visiblement, j'étais totalement égocentrique.

Causes de cette déclaration aussi impromptue qu'outrecuidante (j'eus, je crois, du mérite à ne pas lui claquer lestement le beignet): je tenais le crachoir depuis le début du repas, et ma dulcinée m'écoutait (ou pas) sereinement sans quasi prononcer un mot.

D'une part, si vous connaissiez ma douce, vous sauriez qu'un tête à tête se passe rarement différemment avec elle, étant aussi peu loquace de nature que possible (sauf si vous décidez de ne pas parler non plus, le repas se déroulant alors dans un silence monacal, ce qui, j'en suis sûr, n'aurait pas plus agréablement impressionné Al Freud sur notre vie de couple).

D'autre part, je crains d'être, effectivement, égocentrique. Preuve sur ce blog (la blogosphère est la nouvelle essence du Moi, rien que Moi, puisque cela permet à n'importe quel abruti de ne parler que de sa pauvre vie et, surtout, d'avoir la vanité de croire que ça intéresse les abrutis qui le lisent).

Enfin, soit, Dieu a dit aime ton prochain comme toi-même, mais ce n'est pas de ma faute si je préfère moi-même.

Son analyse profonde comme la gorge de miss Lovelace était que "pour bien se connaître soi-même, il faut d'abord connaître les autres". Je lui répondis, du millionnaire, euh pardon, du tac au tac que non, à mon sens, "pour bien connaître les autres, il faut d'abord se connaître soi-même".

Je ramasse les copies dans deux heures.

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9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 16:10
Une réflexion dans l'air du temps, bien qu'elle ait été écrite il y a plus de 20 ans...

La production de conneries est donc stimulée quand les occasions de s'exprimer sur une question donnée l'emportent sur la connaissance de cette question.
[...]
Des exemples très semblables naissent de la conviction très répandue dans les démocraties qu'il est de la responsabilité du citoyen d'avoir une opinion sur tout, ou du moins sur l'ensemble des questions liées à la conduite des affaires de son pays. Il va de soi que le fossée entre les opinions d'une personne et son appréhension de la réalité s'élargira encore si celle-ci estime qu'il est de sa responsabilité morale d'émettre un jugement sur les évènements et sur la situation de l'ensemble de la planète.

Harry G. Frankfurt, prof. émérite à Princeton
De l'art de dire des conneries (On bullshit)

Un petit essai assez rigolo (probablement plus en VO, car "bullshit" n'est pas facile à traduire en langue Molière). L'auteur ne semble pas dénué d'humour, puisque cet ouvrage est à l'origine un discours qu'il prononça alors qu'il était professeur invité à Yale.
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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 16:34
J'aime pas l'hypocrisie, la méchanceté, la bassesse, la guerre, la famine, la violence, la cupidité, pleurer, la tristesse.

J'aime le chocolat, la couleur rose, la gentillesse, la liberté, la fraternité, la paix dans le monde, les fleurs, la vie, rire, Ana Gavalda, le flan.

Je sais qu'en disant ça, je brise le consensus mou, mais j'ose dire tout haut qui je suis vraiment et tant pis si ça doit en déranger plus d'un.
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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 08:43

Depuis aujourd'hui, il est interdit de fumer dans les lieux publics. Non que cette nouvelle loi me semble abjecte, je ne peux néanmoins m'empêcher d'avoir un petit doute.

Bientôt, la cigarette sera totalement prohibée (dans certaines villes américaines, on ne peut déjà plus fumer chez soi si l'on n'est pas propriétaire), puis l'alcool. Enfin, le cholestérol tuant, on nous interdira le cassoulet pour nous obliger à manger macrobiotique. Le rire, comme la baise, causant un risque d'attaque cardiaque seront prohibés.

Bref, nous vivrons tous 115 ans, nous mourrons tous en pleine et bonne santé. Mais qu'est-ce qu'on se sera fait chier.

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27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 13:15

Je reprends à mon compte le néologisme version Ségolène Royal et la citation philosophique Lorienne de Jean-Pierre Raffarin (autant dire deux de nos politiques les plus talentueux). Par beaufitude, j'entends la contraction de "beauf' attitude".

On croise la beaufitude malheureusement partout, mais la pire est je crois lorsqu'on la rencontre chez des gens riches. Mon point de vue est peut-être politiquement peu correct (du moins chez les décérébrés chroniques qui, tels des messieurs Jourdain de pacotille, font du manichéisme sans le savoir, et s'empresseront donc de transformer ma pensée en une conclusion de portée générale, type "pauvres=vulgaires, riches=classes"), mais le voici tout de même: lorsqu'on rencontre un grossier personnage dans le PMU du coin ou au McDonald's, c'est certes désagréable, mais pas choquant.
Par contre, quand on se retrouve (exceptionnellement car je ne fais pas moi-même partie de la confrérie des fortunés) dans le cadre d'une soirée onéreuse à l'ambiance feutrée et que l'un des convives se comporte comme le pire des gougnafiers, cela le devient (choquant. Je sais, mes phrases sont trop longues, ce n'est pas facile de suivre, mais je suis chez moi).

La scène se passe dans un restaurant chic de l’île Saint-Louis. L’établissement était auparavant tenu par un acteur célèbre et cultivait donc un style typiquement parisiano-insupportable fait de médiocre cuisine prétentieuse, de prix prohibitifs, et de clientèle mi-people bas de gamme ou copains de l’acteur en question, mi-bobos branchouilles de tous âges. Depuis peu, le restaurant a été racheté par un chef brillant, ancien triplement étoilé ayant officié dans des lieux gastronomiques prestigieux.

Nous nous offrons ma dulcinée et moi-même, ce cadre romantique pour nos deux ans de partages de soucis (ou vie commune). L’île Saint-Louis est toujours aussi belle, la bâtisse abritant le restaurant est superbe, ses poutres apparentes étant rehaussés par la décoration post-moderne (meubles anguleux aux couleurs froides, lumière tamisée…) de la maîtresse de maison.

Tout s’annonçait pour le mieux, malgré un sommelier jeune mais manquant tout de même terriblement de classe. Mais nous passâmes rapidement outre. Les amuse-bouche étaient divins, le vin bon, et le foie gras-sauce saké-soja avec compote de poires allait bientôt bouleverser mes papilles lorsque ce qui allait, malheureusement, devenir nos voisins de table (quand je dis voisin, j’entends 5 bons mètres) entrèrent. L’un, le verbe haut (toujours très peu distingué lorsque l’ambiance générale invite plutôt à la discrétion de bon aloi), la chemise froissée largement ouverte et dépenaillée, semblait le chaperon. L’autre, plus discret, jouait le rôle du Candide provincial.

Les quelques remarques claironnées sur le bon vieux temps de son ami « Jean-Claude » (l’acteur anciennement propriétaire susnommé), sur les anciens serveurs et sur la décoration qui était mieux avant donnèrent le ton. La cigarette allumée à mon nez délicat essayant de se mettre en osmose avec mes papilles pour « comprendre » au mieux cette entrée de foie gras (je peux vous paraître snob, mais si vous avez déjà essayé un restaurant de ce genre, oui, la cuisine devient quelque chose de complexe qu’il faut tenter de saisir) fut, déjà, la première goutte d’eau.

Je finis par dire au maître d’hôtel que la fumée m’importunait, ce qui sembla le mettre dans l’embarras. Je ne fus peut-être pas suffisamment clair, mais j’étais prêt à changer de place (ce qui m’aurait permis de m’éloigner de ces deux cons). Mais il ne l’entendit pas ainsi. Après quelques circonvolutions, il finit par exposer ma requête, sans me nommer (toutefois, comme nous étions à peu près les seuls à distance raisonnable, il ne faisait guère de doute que cela venait de moi). Sans faire trop de manières, la cigarette fut éteinte.

Tout se passa ensuite correctement jusqu’au dessert, malgré un manque de discrétion toujours très patent qui nous permit d’ouïr la fine fleur de leurs remarques (« c’est vachement différent du cuistot d’avant mais c’est pas mal quand même » «  tu crois que les champignons de Paris c’est des en boîte ? 40 euros pour des champignons de Paris, quand même, ils s’emmerdent pas »… tant de remarques qui confirmèrent si besoin était que ces rustres auraient pu manger chez Flunch sans avoir le sentiment que ce n’était pas la même cuisine).

Arriva la fin du repas, nous en étions au café. Candide, ennuyé pendant que Pangloss discutait cognacs avec le sommelier, sortit son palm-pilote et se mit à faire mumuse avec le son à fort volume. Ti tou tou ti tou tou tou. Une cliente anglaise très chic arrivée entre temps semblait elle aussi affligée, mais jusque là nous avions plutôt pris le parti d’en rire.

C’est alors que Monsieur Gros Con appela le maître d’hôtel et annonça d’une voix de stentor: « Dites-moi, les emmerdeurs à côté –il parlait de nous-, vu qu’ils ont fini de bouffer, ils vont plus nous empêcher de fumer la, si ? C’est des étrangers, non ? »

Le maître d’hôtel, un noble petit vieux, blêmit un peu mais tenta de garder sa contenance. Il savait parfaitement que j’avais tout entendu. Le sentant quelque peu hésiter sur la formulation, je pris l’initiative et lui dit (moi aussi suffisamment fort pour que ces messieurs nous entendent) : « puisque nous sommes des emmerdeurs, je pense que non, nous ne souhaitons pas qu’ils fument ». Monsieur me répondit (toujours sans me regarder) : « Vous avez l’ouïe fine, c’est bien ». « Et vous, vous manquez de discrétion, c’est mal ». « Je vous remercie de vouloir chercher à m’éduquer, mais à mon âge ce n’est plus la peine ».

Fin du dialogue. Je regrette d’avoir manqué de réactivité et de ne pas lui avoir rétorqué « Il n’est jamais trop tard pour essayer d’arrêter d’être un gros con ». Malheureusement, cette réplique germa dans mon cerveau quelques minutes trop tard.

Le repas se termina peu après avec les excuses diverses des serveurs.

Je regrette infiniment que cet épisode ait fini par prendre le pas sur la divine cuisine que j’ai goûté ce soir-là. Je regrette car, dans quelques années, je me souviendrai plus probablement de l’algarade que de ce que nous mangeâmes. Mais la beaufitude avait encore frappé.

Remarque : la cigarette semble jouer un rôle majeur dans la beaufitude, surtout au restaurant. La seule fois de ma vie où je suis allé dans un doublement étoilé, un autre gros porc plein de foie gras et de fric, accompagné de sa pouf de 30 ans moins âgée, courroucé de ne pas être en salle fumeur, est allé se planquer dans les toilettes pour s’en griller une. Lamentable.
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