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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 13:28

Avant de reprendre le fil du blog, une petite réflexion à brûle-pourpoint.

 

Il arrive des choses un peu étranges dans les labos. C'est peut-être simplement lié à la tension sur le marché de l'emploi scientifique privé comme public (dans ce cas là, que mes lecteurs du privé n'hésitent pas à m'en informer), mais peut-être faut-il aussi y voir une certaine idée de la gestion des ressources humaines par des personnes dont ce n'est généralement pas le point fort.

 

Exemple:

"Je déteste mon job depuis 1 an, ce qu'on me demande de faire est débile, et en plus personne ne me calcule dans le laboratoire"

"Nous on trouve que tu es vraiment nul(le), tu fais pas du tout l'affaire et tu ruines ce super projet"

...

"Bon, est-ce que tu veux continuer 18 mois de plus?"

"Ok"

 

 

Bien sûr, le "dialogue" est fictif et outrageusement simplifié, en vrai c'est un peu plus subtil, mais dans le fond, c'est ce qui se dit. Ca arrive plus fréquemment qu'on ne le croit, pour un post-doc, un ATER, un CDD ingénieur de recherches etc etc. 

Du côté des superviseurs: solution de facilité, flemme de chercher, de devoir faire semblant d'être sympa pendant les interviews et de se retaper beaucoup d'administratif.

Du côté des "précaires": solution de facilité aussi, peur du chômedu quand ce n'est pas de l'expulsion...

 

Cela créé parfois des ambiances un peu étranges dans un laboratoire ou des situations ubuesques, comme cette réunion où une personne en CDD absente se fait déboîter non-stop pendant 2h avant que l'on ne conclue par "bon, tout le monde est d'accord, on la prolonge?".

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 10:26

Le facteur d'impact, ou impact factor (IF) est l'une de ces métriques à la mode qui gouvernent désormais la vie des scientifiques (et qu'ils se sont, j'ai l'impression, dans une certaine mesure, auto-imposés, comme le h-index; c'est un peu l'équivalent du porsche cayenne dans notre milieu, un substitut phallique, ou, dit autrement, "qui qu'à la plus grosse").

 

En deux mots, c'est un nombre censé indiquer la visibilité d'une revue scientifique, donc un mélange de "popularité" et de "qualité scientifique". Le calcul a été développé par la base de données ISI, et très simplement, il consiste, pour une année donnée, à additionner le nombre de citations de tous les articles parus les deux années précédentes d'une revue, puis diviser par le nombre d'articles publiés par la revue pendant cette période.  

Bref, à la grosse louche, c'est le nombre moyen par an de citations d'un article (en supposant que l'indice est stable dans le temps, ce qu'il devrait être s'il était bon, mais qu'il n'est pas nécessairement, voir plus bas), et plus ce nombre est élevé, plus la revue est lue et citée, et donc plus votre article a de chances de l'être. Ca, c'est en théorie, puisque certaines revues ont en fait une distribution bimodale de citations, comme Nature par exemple, qui a quelques articles énormément cités et beaucoup d'articles très peu cités, de sorte que la valeur moyenne n'a finalement pas beaucoup de sens.

Il y a d'autres défauts, comme pour le h-index, que vous pouvez lire sur la page wikipédia en lien, mais il se trouve que ce chiffre a pris une importance considérable, tant dans la communication des éditeurs de revues, que dans la carrière des chercheurs, à tel point qu'il n'est pas rare d'entendre demander "tu l'as publié où?" avant "ça parle de quoi?" au sujet d'une étude.

L'avantage pouvant être, pour les recrutements (et parfois les avancements pour des personnes jeunes) de s'"affranchir" (même si indirectement et de façon un peu biaisée) de la problématique du temps d'incubation des papiers nécessaire à leurs citations. Le corollaire, c'est qu'il devient impossible dans certains domaines d'être recruté sans avoir dans son CV au moins un "gros papier", eg pas un papier nécessairement très cité, mais un papier publié dans une revue à fort IF (la notion de "fort" dépendant du domaine, mais souvent, disons, supérieur à 20).

 

Essayons quand même de voir si en première approche, il y a une corrélation entre nombre de citations d'un papier et impact factor de la revue dans laquelle le papier est publié.

A priori, le nombre de citations est le véritable juge de paix de la qualité d'un papier, même si là aussi il faut nuancer un peu: papier passé sous le radar, justement parce que sorti dans une revue obscure - c'est le cas d'un certain nombre de papiers pendant la guerre froide, publié dans des revues d'Europe de l'Est en version orginale... ou bien papier auto-cité (même si, au-delà d'un certain nombre de citations, il est difficile de croire qu'elles viennent toutes de l'auteur lui-même ou de ses copains)... papier très cité parce qu'il a raconté des conneries (souvent en étant le "pionnier" d'une thématique)... et enfin, effet "buzz", un peu comme pour les vidéos youtube: au-delà d'un certain nombre de citations, on finit par citer le papier parce que tout le monde le cite (notamment dans le cas de reviews)... mais bref, faisons l'hypothèse qu'un papier très cité est un bon papier qui a fait avancer le domaine.

 

 

J'aurais bien pris mon cas pour étude, mais avec ma dizaine de papiers et mon histoire de publications qui remonte a à peine 7 ans, ce serait un peu léger statistiquement.

Alors j'ai combiné trois jeux de données, à partir des papiers de mes ex-chefs et de la base ISI Web of Knowledge.

Je me suis intéressé aux papiers pré-2010 (inclus). Le domaine de recherche est celui de la Science des Matériaux, plus précisément des matériaux polymères.

Quelques détails quant aux données:

- Cas 1: Directeur de Recherches CNRS, un peu plus de 50 ans. Pas une superstar, mais quelqu'un de reconnu internationalement. h-index environ 35, . Quelque chose comme 120 publis peer-reviewed en un peu plus de 20 ans de carrière (de 1991 à 2013). Plutôt mécanicien/physicien initialement, plus matériaux et physico-chimiste aujourd'hui. L'échantillonnage est sur 85 papiers, représentant 3426 citations et 27 journaux différents.

- Cas 2: PU d'une bonne université française, même âge, mêmes années de publication. Reconnu nationalement. h-index de 20 à 25, environ 60 publis. Plutôt chimiste/physico-chimiste. Echantillonnage sur 42 papiers, 1397 citations et 11 journaux.

- Cas 3: Full Professor d'un bon département US, 40 ans (Full Prof à 38-39 ans, Associate à 34-35, Assistant à 29). Considéré comme un "jeune qui monte" depuis pas mal de temps aux US, commence à avoir une reconnaissance internationale. Publie depuis 1997, environ 90 publis, h-index de 20 à 25. Plutôt mécanicien/physicien et ingénierie. Echantillonnage sur 47 articles, 1299 citations et 18 journaux (la structure américaine de travail fait que le nombre de publis a tendance à croître exponentiellement avec la taille du groupe, donc il y a environ 30-40 articles sur les années 2011-2013, qui n'ont pas été pris en compte)

 

Sur le total, on a donc 37 journaux différents. Je n'ai pas pris en compte ceux qui ont disparu entre temps, et il doit en manquer deux ou trois pour lesquels j'ai eu du mal (ou la flemme) à trouver l'IF. J'ai pris l'IF 2012 dans la plupart des cas, même s'il aurait peut-être fallu prendre l'IF de l'année de publication (mais difficile de trouver ceux des années 90...). Cela dit, sur les 10 dernières années, hormis cas assez rares où la publi explose ou au contraire ceux où elle tend à disparaître, c'est généralement relativement stable avec une légère inflation (disons, typiquement, un IF passera de 4 à 5 en 10 ans). Les IF des revues concernées oscillent entre 0.8 et 14.8, ce qui me semble un assez large spectre. En dessous de 1, c'est très obscur, au-dessus de 8-10, c'est une revue généraliste de référence (eg, PRL) ou "à la mode", même si ça n'atteint pas les 20 et plus de Nature (et de ses spin-offs) et de Science. Dans le domaine des polymères, les revues spécialisées oscillent, à un chouïa près, entre 2 et 5, et on est plutôt content si on publie tout le temps dans cette gamme là.

 

donnees-brutes.jpg

Légende: losange bleu, cas 1. Triangle vert, cas 2. Cercle violet, cas 3.

 

J'ai enlevé un point unique à 350 citations ou quelque chose comme ça, histoire que ça soit plus "lisible". Bon, malgré tout, on ne voit rien de bien concluant. Ou alors, si vous vous voyez quelque chose, je suis preneur en commentaires...

 

Du coup, je me suis dit qu'il fallait normer par le nombre d'années depuis la publication, et que peut-être ça aiderait à voir quelque chose (un papier publié depuis 15 ans ayant plus de chances d'être beaucoup cité qu'un sorti depuis 5, à "niveau égal").

 

normalisation.jpg

Mêmes symboles, en rouge la droite de pente 1

 

Hélas (c'est là qu'est l'os), ça reste hyper bruité, et il me semble difficile de conclure grand chose.

La droite en rouge est une espèce d'"extension de l'IF sur x années", ce qui est au-dessus pourrait donc être qualifié de "mieux cité" que la moyenne du journal, en-dessous de moins bien cité. 

Sur les trois jeux de données, il y a 37% des articles au-dessus de la droite (et 5% moins de 10% en-dessous). Si on individualise, c'est 45% au-dessus dans le cas 1, 26% pour le cas 2, 32% pour le cas 3. On peut donc sans doute corréler ça un minimum à la reconnaissance par les pairs de la carrière scientifique, mais l'effet n'est pas bluffant...

On peut essayer de définir un critère de "bon papier" (ou plutôt de papiers "très cités"): on peut voir un gap entre en-dessous de 10 citations/an et au-dessus. Difficile de discriminer entre les 3 cas aussi (on varie entre 3 et 6% sur le nombre de papiers).

On peut essayer a contrario d'identifier un critère de "mauvais papier" (ou plus politiquement correct, de papier peu lu ou peu visible), qui apparaît moins clairement, et que l'on peut donc définir semi-arbitrairement comme inférieur à 1 citation/an. La aussi, entre les cas 1 et 3, ça varie entre 7, 14 et 8% mais avec un échantillonnage finalement assez faible (respectivement 6,6 et 4 papiers).


Si on regarde par journal, difficile de trouver une vérité générale aussi, même si on peut être tenté de dire qu'il y a une proportion plus forte de points au-dessus dans les IF inférieurs à 2.5 (dans les 60%), mais l'échantillonnage pour les IF supérieurs à 6 est aussi beaucoup plus faible... De plus, ils ne sont pas très au-dessus de la droite, ce qui veut dire qu'ils sont plutôt mieux cités que la moyenne des articles dans ces journaux, mais pas qu'ils sont très cités en valeur absolue (au-dessus de 10 citations/an en moyenne).

Pour le journal le plus utilisé, celui à IF = 5.5 (47 articles soit 27% du nombre de points), on est à 25% au-dessus de la droite. Il y en a 10% qu'on peut qualifier de "très cités".

Pour le 2ème plus utilisé (IF = 3.5) (17 articles), on est à 30%, mais seulement 5% au-dessus de la limite "très cité"...

 

 

Bref, pas vraiment de corrélation claire entre nombre de citations d'un article et journal dans lequel il est publié. Peut-être une indication que les outils bibliographiques sont efficaces et qu'un bon article qui fait avancer le schmilblick ne passera plus sous le radar s'il n'est publié "que" dans une revue "honnête". On pourrait aussi être tenté de dire, au vu des données, que pour la communauté, les articles qui servent sont plus dans les journaux "spécialisés" que dans les revues "généralistes", mais je surinterprète peut-être et il se peut également que, même si c'est vrai, ce ne soit qu'un biais lié au domaine scientifique observé (les biologistes ne publiant quasiment que dans des journaux d'IF élevés - en tout cas comparativement à ce qu'on a en science des matériaux-, il y a sûrement moins de distinguo).

 

Voila, je laisse les amateurs de big data ou les gens plus doués que moi pour automatiser des collectes de données (les "numériciens") faire ça sur un échantillon plus vaste si ça les amuse. Ou alors, donner des idées pour traiter/plotter les données... voire donner des liens vers des études similaires, j'imagine que ça a déjà du être fait en mieux ailleurs...

 

 

Merci à @JaromilD pour l'idée même si le résultat n'est pas très concluant (c'est peut-être ça la conclusion intéressante), et je renvoie vers Gaïa qui a fait des choses un peu similaires, sur l'IF et sur le h-index.

 

Je dis prout d'avance à ceux qui me diront que mes figures sont moches.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 18:31

Le (bon) physicien va s'attaquer à un problème en posant l'équation correspondante, puis en essayant de la simplifier au maximum suivant les conditions aux limites et le domaine d'application de son modèle.

Puis, par un calcul "coin de table", il va par exemple comparer 2 systèmes, l'un pour lequel il trouvera 50 x (x étant une unité quelconque), l'autre 100 x.

Ensuite, il comparera ce facteur 2 entre ces deux valeurs, en fonction des différences du système, et en tirera certaines conclusions.

 

Le numéricien va arriver, en expliquant que la simplification de l'équation est outrageuse, parfois il va rajouter que l'analytique c'est sale et que rien ne vaut une bonne grosse résolution numérique par un gros ordinateur.

Bref, il va faire ou faire faire par une machine toute une série de calculs extrêmement complexes, puis montrera qu'on trouve en vrai 49.57 et 101.37, et que donc il n'y a pas un facteur 2 entre les deux valeurs, mais un facteur 2.04. Généralement il s'arrêtera là parce que les conclusions physiques c'est pas trop son truc.

 

Je vous laisse deviner lequel, dans cet exemple caricatural, écrira éventuellement un papier qui aura un impact, ou aura un raisonnement utile à la communauté.

 

Alors, après, il y a les numériciens qui cherchent à bosser avec des physiciens parce qu'ils finissent par apprécier les vertus de "l'intuition" (ou plutôt du sens physique). Il y a aussi ceux qui penseront toujours que les physiciens sont des imposteurs en sortant tous les contre-exemples où cette approche "premier ordre" échoue dans les grandes largeurs (et il y en a). Car il est vrai qu'il y a des physiciens qui, à force d'obsession du scaling, finissent par négliger des préfacteurs pas du tout négligeables...

 

Mais bon, n'empêche, souvent, et même dans la vraie vie, un petit calcul coin de table permet de mieux poser les idées que des pages de calcul qui ne font que perdre l'auditoire...

 

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 09:12

Cette année, 25% des universités françaises arriveront au 31 décembre en déficit. Pas loin de 10% sont en déficit chronique, et si l'on lit un peu dans le détail, on peut estimer que près de 50% ont des sueurs froides au moment de boucler le budget...

Quant aux établissement qui sur le papier ne se portent pas mal, par exemple le mien, cela passe aussi par une gestion à la hache et un climat en interne peu réjouissant, par exemple cet email reçu de l'administration centrale mi-septembre exigeant une baisse de 10% du quota horaire d'enseignement. Fermer des formations ou bosser gratuit, le choix nous était laissé, mais cela doit être acté au plus vite, alors que la rentrée des étudiants a déjà eu lieu, et des tractations assez violentes sont toujours en cours. 

 

 

Les cas les plus emblêmatiques des établissements en difficulté ces derniers mois sont ceux de

- Montpellier, où A. Fraïsse, présidente et opposante de longue date à la LRU et aux RCE, a voulu démontrer par l'absurde les résultats attendus de cette politique en l'appliquant de façon on ne peut plus zélée jusqu'à l'agonie. 

- Versailles Saint-Quentin, qui malgré de bons résultats en termes de formation, a du quémander une rallonge de 4M€ (sur un budget d'environ 20!) pour boucler l'année. Le président, J.L. Vayssière, dont on peut louer la transparence, en est à envoyer un mail surréaliste à ses personnels, où il annonce quasi-triomphalement que oui, les salaires seront versés en novembre et décembre.

 

Bien sûr, il y en a d'autres...

 

Or, la réponse du Ministère est toujours la même: les difficultés sont dûes à une mauvaise gestion de la part des équipes dirigeantes, uniquement. 

Ici, c'est le nombre de formations qui est critiqué, là les PPP... L'équipe dirigeante de l'UVSQ, arrivée en 2012, n'a visiblement pas le droit à l'excuse du gouvernement actuel, "c'est la faute à nos prédecesseurs".

Les présidences d'université sont, selon le Ministère, tellement nulles qu'il est question de les envoyer se former à l'ENA (dont tout le monde sait qu'elle n'a formé que des gestionnaires modèles). 

Or, si les présidents sont nommés, et sont souvent d'anciens universitaires "politisés", dont les qualités de gestionnaire ne sont donc pas forcément ce qui les a amenés là, il ne faut pas oublier toute une équipe autour d'eux, secrétaires généraux, comptables etc, qui sont eux des hauts-fonctionnaires "classiques". Il me semble alors difficile d'affirmer benoîtement qu'ils sont tous plus nuls que ceux que l'on trouve dans les ministères ou les administrations.

Qui plus est, même s'il y a certainement eu de mauvaises décisions de prises dans certains cas (reste à savoir dans quelle mesure il y a eu le choix), si l'offre de formation mériterait très probablement d'être rationalisée (mais l'Etat peut il imposer ce genre de choses quand l'autonomie a été actée?) il me semble que le message adressé au "monde extérieur" est déplorable: en gros, les agents publics sont incapables de gérer l'argent public, malgré la clairvoyance et la qualité des réformes du Ministère. Déconnexion des élites, fonctionnaires incapables et fainéants, tout ce que le poujadiste qui sommeille de plus en plus en chacun de nous a envie d'entendre est sous-entendu dans ces déclarations.

 

Probablement que le message politique consistant à déclarer franco, puisque cela semble être quand même l'une des principales motivations derrière la politique de l'ESR de ces dernières années, "les caisses sont vides, nous préférons investir le peu qui reste ailleurs que dans les Universités" ne passerait pas dans la population. Et encore, en est-on bien sûr? Tous les sondages montrent que, pour le citoyen lambda, la formation de la jeunesse est une priorité, mais qui connaît et qui s'intéresse réellement à la politique de l'ESR, ou même à son fonctionnement? En plus, les personnels sont plutôt discrets (dans la rue 1 fois tous les 3 ou 4 ans depuis le mouvement fondateur de Sauvons la Recherche en 2004), et les Grandes Ecoles continuent à attirer les enfants des classes dirigeantes et n'ont pas de problèmes financiers, elles*.

 

 

* L'auto-flagellation typiquement française devant le classement de Shangaï est un non-sens. Il faudrait célébrer la 37ème place de l'UPMC comme une grande victoire, quand on voit les conditions de travail, les moyens financiers et humains, et le fait qu'en général, ce ne sont pas les meilleurs étudiants qui s'y retrouvent. Il faut plutôt tirer un coup de chapeau à tout ce petit monde qui arrive à faire aussi bien avec aussi peu. Comparons un peu à Northwestern, UCSB, Rockefeller qui sont à des places similaires...

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 09:13

Une "lettre ouverte" a pas mal circulé sur la toile récemment, émanant d'un doctorant de l'EPFL et adressée à tous les chercheurs ainsi que quelques administratifs de l'institut, expliquant les raisons de sa future démission, à quelques mois de sa soutenance. 

 

C'est un texte dense, plein de maturité, et qui soulève de façon pertinente de réels problèmes mais relève aussi par certains points, selon moi, d'une vision un peu naïve, assumée par l'auteur mais qui le mène probablement à des conclusions erronées. 

 

Je vais donc faire un petit commentaire de texte perso de quelques passages (en anglais), dans le désordre:

 

"There seems to exist an unhealthy obsession among academics regarding their numbers of citations, impact factors, and numbers of publications. This leads to all sorts of nonsense, such as academics making “strategic citations”, writing “anonymous” peer reviews where they encourage the authors of the reviewed paper to cite their work, [etc]. No one, when asked if they care about their citations, will ever admit to it, and yet these same people will still know the numbers by heart. I admit that I’ve been there before, and hate myself for it.
At the EPFL, the dean sends us an e-mail every year saying how the school is doing in the rankings [...]. Why should it matter to a scientist if his institution is ranked tenth or eleventh by such and such committee? Is it to boost our already overblown egos? Wouldn’t it be nicer for the dean to send us an annual report showing how EPFL’s work is affecting the world, or how it has contributed to resolving certain important problems?"

et

"the goal of “science” is to search for truth, to improve our understanding of the universe around us, and to somehow use this understanding to move the world towards a better tomorrow. At least, this is the propaganda that universities use to put themselves on lofty moral ground, to decorate their websites, and to recruit naïve youngsters like myself.
I’m also going to suppose that in order to find truth, the basic prerequisite is that you, as a researcher, have to be brutally honest – first and foremost, with yourself and about the quality of your own work. Here one immediately encounters a contradiction, as such honesty appears to have a very minor role in many people’s agendas. [...] Being “too honest” about your work is a bad thing and stating your research’s shortcomings “too openly” is a big faux pas. Instead, you are taught to “sell” your work, to worry about your “image”, and to be strategic in your vocabulary and where you use it."

Sur cette partie il y a hélas beaucoup de vrai, et cela me semble vraiment récent. En tout cas, contrairement à l'auteur de cette lettre je n'étais pas conscient de ces choses là pendant mon PhD et je ne vivais pourtant pas spécialement dans ma bulle. 
Je me suis aussi interrogé sur cette "obsession" (dont j'ignore si elle concerne une majorité de chercheurs) pour les métriques de performance individuelles, surtout car, paradoxalement, tout le monde où presque s'accorde dans le même temps pour souligner les limites des "nombres uniques" évaluant la qualité d'un chercheur (et encore plus dans le cas d'une institution) et cherchant à faire ressortir des individus lorsque toute la recherche ou presque est aujourd'hui collaborative.
La raison est probablement simple: en tant que jeune chercheur avec un minimum d'ambition, je sais que, quel que soit ce que j'en pense, je serai jugé au moins partiellement sur la base de cette métrique.
Donc ça ne m'empêche pas de dormir, mais je connais "mes chiffres", j'ai un profil google scholar qui permet en un clic de suivre leur évolution, et je sais à peu près ce qu'il me faut viser si je veux passer Prof. un jour (et c'est a priori quelque chose que je veux - ou alors j'essaierai de me barrer d'Academia, mais je ne compte pas finir MCF aigri de 65 ans...).
En ce sens, il y a donc du vrai dans ce qu'il écrit ici "[academia is]  fueled by people whose main concerns are not to advance knowledge and to effect positive change, though they may talk of such things, but to build their CVs and to propel/maintain their careers", même si la réalité est plus subtile et qu'on peut reprocher, après 4 ans de PhD, la naïveté de croire qu'Academia est le monde des bisounours. On se rend assez vite compte (en tout cas j'avais pigé pendant avant la fin de mon stage de DEA), je crois, dans n'importe quel labo, que les comportements humains ne sont globalement pas très différents de ce qu'on peut trouver dans n'importe quelle entreprise. Ils sont même d'ailleurs parfois exacerbés, du fait de l'absence de hiérarchie claire et d'"agenda" commun...

Après, je ne construis pas non plus mes collaborations en consultant le h-index des gens à qui je vais parler... mais il est vrai aussi que je cherche plutôt à collaborer avec des gens que j'estime plus intelligents que moi: pour le coup, on peut voir ça comme une démarche carriériste, mais honnêtement je suis la dans une démarche scientifique: on fait ce métier pour apprendre des choses, on peut côtoyer plein de gens extrêmement brillants intellectuellement donc autant ne pas se priver de ce point de vue là.
Quant à l'"honnêteté intellectuelle", je nuancerais: effectivement, il faut "vendre son travail" notamment pour publier dans certaines revues. Publier dans ces revues, hélas, est nécessaire dans certains domaines scientifiques pour espérer décrocher un job permanent (et le garder).    
Ce n'est pas encore le cas dans le mien. On peut donc publier dans des bons journaux spécialisés sans être grillé scientifiquement, et dans ces journaux on peut ne pas surjouer, même si on va bien sûr plus insister sur ce qui a marché que le contraire.  
Idem dans les conférences: il est de bon ton, surtout lorsqu'on est invité, de se passer quelque peu la brosse à reluire, mais il en existe encore (notamment les Gordon, créées et réputées pour ça) dans lesquelles le but est de présenter des idées neuves (et potentiellement fausses), des travaux non publiés, et de discuter à bâtons rompus. Et puis, de façon générale, on discute quand même ouvertement et en laissant tomber son costume de vendeur de bagnoles dès que le cadre formel de la conférence est derrière nous, je trouve.
Donc à ce propos, "certain researchers attack, in the bad way, other researchers’ work. Perhaps the most common manifestation of this is via peer reviews, where these people abuse their anonymity to tell you, in no ambiguous terms, that you are an idiot and that your work isn’t worth a pile of dung. Occasionally, some have the gall to do the same during conferences", nous avons tous des anecdotes à raconter à ce sujet, mais je reste persuadé que c'est un comportement minoritaire.

 

 

 

"Perhaps the most crucial, piercing question that the people in academia should ask themselves is this: “Are we really needed?” Year after year, the system takes in tons of money via all sorts of grants [...to] produce some results. In many cases, these results are incomprehensible to all except a small circle, which makes their value difficult to evaluate in any sort of objective manner. In some rare cases, the incomprehensibility is actually justified. In many cases, however, the result [...] is close to useless in application.
[...] There often does not appear to be a strong urge for people in academia to go and apply their result, even when this becomes possible."

 

Je vois la une approche utilitariste de la recherche à laquelle je n'adhère pas vraiment, voire pas du tout, bien que je travaille dans un domaine où les collaborations avec les industriels sont extrêmement fréquentes, jusqu'à représenter pas loin de 100% des sources de financement dans mon labo en particulier. Je travaille moi-même avec des industriels, il m'est arrivé de (faire) déposer des brevets, mais je l'avoue sans honte, la démarche "produit", "commercialisation" ne m'intéresse absolument pas. En clair, je suis très content que ce que je fais puisse servir, mais j'estime que ce n'est pas un prérequis à mon implication dans un projet, et encore moins mon job de travailler sur l'application. J'adhère parfaitement à ce que m'a dit un jour un grand ponte industriel (et ancien chercheur académique réputé): ce n'est pas le même métier. Donc qu'on donne éventuellement des moyens aux chercheurs de valoriser leurs recherches est une bonne chose, qu'on imagine que tout chercheur doit être un entrepreneur (au mieux) ou la "petite main" d'un grand groupe industriel (au pire) est un non-sens. En bref, quand je collabore avec des industriels, il faut aussi qu'il y ait un avantage autre que financier pour moi, à savoir qu'il y ait un minimum de challenge intellectuel (une question scientifique raisonnablement intelligente sur laquelle travailler) et de liberté.

 

Sur le même registre, je suis plus d'accord avec 

"The good, healthy mentality would naturally be to work on research that we believe is important. Unfortunately, most such research is challenging and difficult to publish, and the current publish-or-perish system makes it difficult to put bread on the table while working on problems that require at least ten years of labor before you can report even the most preliminary results. Worse yet, the results may not be understood, which, in some cases, is tantamount to them being rejected by the academic community."
et 
"The black hole of bandwagon research: indeed, writing lots of papers of questionable value about a given popular topic seems to be a very good way to advance your academic career these days. The advantages are clear: there is no need to convince anyone that the topic is pertinent and you are very likely to be cited more since more people are likely to work on similar things. This will, in turn, raise your impact factor and will help to establish you as a credible researcher, regardless of whether your work is actually good/important or not. It also establishes a sort of stable network, where you pat other (equally opportunistic) researchers on the back while they pat away at yours."

 

Il est vrai que le chercheur actuel est généralement hyper-spécialisé, mais il serait difficile qu'il en soit autrement. A mesure que la connaissance avance, repousser ses frontières (pour paraphraser l'ANR) exige de travailler sur des problèmes de plus en plus "pointus", et donc obscurs pour 99.99% de la population. Mais ne nous leurrons pas, il n'y a pas d'alternative où l'on pourrait encore aujourd'hui trouver des philosophes-mathématiciens-chimistes-physiciens comme Descartes ou Pascal, et on ne peut pas baser un système sur les quelques exceptions comme feu de Gennes, capable d'apporter au cours de sa carrière des contributions majeures dans la physique de deux domaines extrêmement différents.

Toutefois, je pense comme l'auteur qu'effectivement, le système de recherche sur projets et l'importance générale accordée aux métriques d'évaluation favorise l'absence de "prise de risque individuelle", et le développement de recherches "incrémentales" qui n'apportent pas de grands bouleversements en termes de connaissances. La multiplication des revues est probablement un autre facteur (cause ou conséquence du point précédent?) qui favorise la "dispersion de l'information".

 

Enfin, pour conclure (il y aurait encore beaucoup à dire mais ça commence à faire long):

"I sometimes find it both funny and frightening that the majority of the world’s academic research is actually being done by people like me, who don’t even have a PhD degree. Many advisors, whom you would expect to truly be pushing science forward with their decades of experience, do surprisingly little and only appear to manage the PhD students, who slave away on papers that their advisors then put their names on as a sort of “fee” for having taken the time to read the document. Rarely do I hear of advisors who actually go through their students’ work in full rigor and detail, with many apparently having adopted the “if it looks fine, we can submit it for publication” approach.
Apart from feeling the gross unfairness of the whole thing – the students, who do the real work, are paid/rewarded amazingly little, while those who manage it, however superficially, are paid/rewarded amazingly much – the PhD student is often left wondering if they are only doing science now so that they may themselves manage later. The worst is when a PhD who wants to stay in academia accepts this and begins to play on the other side of the table. Every PhD student reading this will inevitably know someone unlucky enough to have fallen upon an advisor who has accepted this sort of management and is now inflicting it on their own students – forcing them to write paper after paper and to work ridiculous hours so that the advisor may advance his/her career or, as if often the case, obtain tenure. This is unacceptable and needs to stop. And yet as I write this I am reminded of how EPFL has instituted its own tenure-track system not too long ago."

 

 

Là encore, du vrai mais quelque peu exagéré ou généralisé à mauvais escient, et sans doute un peu de naïveté aussi sur les alternatives possibles.

Que la majorité du "travail de recherche" soit effectué par des étudiants en thèse ou en master, ou des chercheurs post-doctorants est une évidence. Que cela soit une mauvaise chose l'est selon moi beaucoup moins.
C'est tout du moins, notons-le, un mode de fonctionnement assez naturel: dans la plupart des grands groupes que je connais, le "travail de recherche" est effectué par des techniciens, si l'on entend par ce terme la réalisation d'expériences voire leur analyse, sous la supervision d'ingénieurs et de PhD, eux-mêmes largement mieux payés que les techniciens (attention, je ne compare pas le travail d'un doctorant à celui d'un technicien - autre sujet qui agite parfois la communauté-, je parle ici simplement d'"organisation"). 
La thèse est une formation par la recherche, il me semble important que le doctorant soit donc l'acteur principal de son projet, même si celui-ci est souvent défini en amont (et encore, pas partout: dans mon laboratoire US, le futur advisor se contentait de donner quelques pistes aux nouveaux arrivants, l'expression décrivant ensuite le début de la thèse est d'ailleurs révélatrice: "go mess around in the lab") et que le directeur soit avant tout un mentor (j'en avais déjà parlé).
Quant à l'encadrant tyrannique imposant le travail forcé à ses étudiants et se contentant de mettre son nom sur des papiers qu'il n'a fait que relire et encore, on a tous aussi, comme plus haut, des histoires à raconter, entendues ou vécues, mais cela reste, je crois, peu répandu. Il ne me viendrait pas à l'idée de prétendre que mes chefs passés ne m'ont rien apporté, et pourtant ils ne sont jamais venus maniper avec moi (si, en gros une demi-journée pour l'un de mes co-directeurs de thèse).
On pourra me reprocher d'être l'abusé devenu abuseur décrit dans la lettre, mais sincèrement je ne pense pas, et si je suis parfois nostalgique de mes années de thésard, c'est parce que finalement, la paillasse sans "responsabilités" autres que produire des résultats avait un certain confort. La conception du "chef" (même si le sens du mot dans l'académique a une valeur toute relative) comme le mec bien payé (là aussi, tout est relatif) qui s'astique le manche en attendant que les loufiats se décarcassent pour en tirer toute la gloriole me semble peu en phase avec la réalité. Définir un projet pertinent, le financer, recruter, le suivre, le recentrer, guider l'étudiant ou le post-doctorant et le faire pour plusieurs projets en parallèle, en plus d'activités annexes mais chronophages, n'est pas forcément évident.
Je reconnais cela dit que ce n'est pas ce à quoi thèse et contrats post-doctoraux nous préparent le mieux. Encore que, indirectement, il n'est pas dit que cela ne soit pas une conséquence: définir son projet de recherche original et personnel (à un certain degré) grâce au cumul de ses expériences, fondés sur des projets plus ou moins définis en amont par d'autres, en contribuant parfois à obtenir les financements, etc. 
C'est également une évolution de "carrière" là encore assez naturelle: dans un centre R&D privé, un bon ingénieur (même sans parler de ceux qui finissent par aller vers le management pur) obtiendra assez rapidement des responsabilité de chef de projet, chef d'équipe ou de département etc, dans lesquelles il s'éloignera nécessairement peu ou prou de la "technique pure". Cela ne rend pas le travail inutile ni la personne "vendue". Non, je ne fais pas le même boulot que quand j'étais en thèse, mais non ça ne me déplaît pas et je ne me considère pas comme inutile, comme un mauvais scientifique ou un imposteur, en tout cas pas tous les jours (on a tous ses moments de doute...).

Quant à l'alternative au chercheur permanent "manager" (eg chef d'équipe, en charge de trouver le budget, d'écrire les projets, de donner la direction scientifique générale), quelle peut-elle être?
Le chercheur permanent "à la paillasse"? Jusqu'à il y a peu, c'était la norme en France, et cela reste assez fréquent dans certains domaines même si ça tend à se perdre dans d'autres (peut-être moins pour les chercheurs des EPST que pour les enseignants-chercheurs). L'inconvénient potentiel de cette façon de faire c'est de "créer" des profils de chercheurs encore plus le nez dans le guidon que ce qui était reproché précédemment (la recherche sur projets à plein de défauts, mais écrire une proposal et "gérer un projet" permet quand même, si on le fait bien, de prendre un peu de hauteur). J'ai un collègue qui lors de son HDR a remercié publiquement "son chef", eg le professeur qui l'avait recruté en thèse, puis gardé en post-doc, puis recruté en MCF, et qui a ouvert pour la 1ère fois un document ANR cette année. Alors oui, il publie beaucoup et il connaît très bien les manipes, est-ce pour autant un modèle alternatif à suivre face au modèle anglo-saxon, je n'en suis pas sûr?
Sauf à imaginer passer à l'échelle internationale à un mode de financement sur crédits récurrents, mais je crains que cela ne soit guère une option. Même si cela l'était, l'expérience française des décennies précédentes montre que ce n'est pas un remède à la recherche "de niche", bien au contraire (quand on n'a pas de compte à rendre, on bosse sur ce qu'on veut, comme on veut, même si ça n'intéresse que nous - ou parfois, on ne bosse pas).
Du côté des doctorants, cela peut aussi, je pense, avoir tendance à donner des chefs "invasifs" et, j'y reviens, à transformer le thésard en technicien supérieur. 
 
Que l'uniformisation actuelle vers un modèle dérivé de la "tenure-track" n'ait que des avantages, certes non. Qu'il y ait des modèles objectivement meilleurs à tous points de vue, je n'en suis par contre pas certain.
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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 11:32

Je pense que ce n'est pas pareil partout mais chez nous c'est vraiment le merdier, notamment parce que le service de gestion n'est pas le même selon les crédits (fléchés recherche ou enseignement).

 

Bon, comme partout, charge à nous d'obtenir les devis. Ensuite dans les endroits qui fonctionnent bien (je crois qu'il en existe encore), on file ça à la secrétaire et, avec un peu de suivi de dossier, ça se passe tout seul.

 

Chez nous, on doit remplir une demande d'achat (doc excel interne) qui correspond au devis. Le secrétaire pourrait s'en charger, mais généralement ça lui prend 5 jours dont autant le faire soi-même vu que ça prend 5 minutes. Après, il faut faire signer par le directeur de labo (pas souvent là... heureusement depuis quelques mois on a enfin eu une délégation de signature pour tout ce qui est inférieur à quelques k€).

Devis plus demande d'achat sont envoyés au service gestionnaire approprié, qui émet un bon de commande, signé par le chef de service, qui est ensuite envoyé au fournisseur. Généralement, nous ne sommes pas prévenus de quand c'est fait (longtemps après), sauf quand, ce qui arrive de plus en plus souvent on nous renvoie le bon de commande en nous disant que c'est plus simple si c'est nous qui envoyons au fournisseur et faisons le suivi de commande.

Bien sûr, à la réception de la commande, on doit scanner et envoyer le bon de livraison pour paiement de la facture...

 

Voila, c'est très simple. Mais si au moins ça marchait...

 

Donc après la n-ième erreur, avec quasiment une probabilité de 1, j'ai craqué, et j'ai envoyé un mail à la chef de service:

"

Bonjour,

Nous obtenons les devis, puis remplissons des demandes d'achat pour les commandes, sur lesquelles nous spécifions l'adresse de livraison.

Quand enfin le bon de commande correspondant est fait, on me le renvoie pour que je transmette moi-même au fournisseur, et que je me charge du suivi de la dite commande.

Lorsque la commande est reçue, j'envoie le bon de livraison.

Bref, la seule chose que je ne fais pas est de préparer/signer le bon de commande (et c'est la phase la plus chronophage).

 

Serait-il au moins possible que l'adresse de livraison rentrée sur le BC corresponde à celle qui est indiquée sur la demande d'achat?  

Cela fait 2 ans que, malgré nos alertes, "automatiquement" nos BC indiquent comme une mauvaise adresse de livraison, correspondant à avant notre déménagement. Je dois donc en plus du reste ensuite corriger ou refaire faire le BC.

 

 

En vous remerciant par avance pour votre aide,

"

 

Désolé de m'énerver (et je vais encore me faire des copains en interne), mais c'est aussi parce que je ne peux que constater les dégâts: voila ce qu'on fait de nous, ingénieurs-docteurs a priori recrutés pour former les ingénieurs de demain et pour faire de la recherche de pointe, si j'en crois la ministre.

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 09:33

Le métier de chercheur consiste aussi, en partie, à encadrer, ou plutôt à former des doctorants. C'est, à l'heure où l'on commence enfin à agir pour valoriser le doctorat en France, une tâche d'importance...

 

Il y a autant de façon de faire que de personnalités, et si, comme pour l'éducation des enfants par exemple tout ne se vaut pas, s'il y avait une recette miracle, depuis le temps cela se saurait. 

Pour ma part, j'ai été, je pense, bien "éduqué" par mes directeurs de thèse (et même en stage de DEA, puis par mes responsables successifs), et j'essaie donc de reproduire ce qui selon moi faisait la force de leur encadrement, où en tout cas de recréer les conditions qui m'ont permis de m'épanouir en tant que chercheur. Cela relève bien évidemment d'un biais personnel, mais on ne se refait pas et il faut bien faire des choix.

 

Je pense que la thèse, en tout cas en sciences physiques (cela vaut aussi probablement en chimie et en biologie) est avant tout, de façon très générale et avant d'évoquer une hyper-spécialisation sur un thème de recherche bien précis, une "formation à la gestion de projet", comme on dit dans le jargon des ressources humaines. 

Donc, le principe de base selon moi, c'est de donner un certain degré d'indépendance au futur docteur.

Une fois que le sujet a été posé, bien expliqué, que l'on a fourni les documents "de base" à lire, montré les premières expériences à faire histoire de se lancer, c'est au doctorant de se prendre en main.

De faire sa bibliographie, de gérer son planning, de se poser les bonnes questions, de prendre des initiatives, de suggérer et de mener des expériences qui n'étaient pas nécessairement initialement dans le cahier des charges, bref, de finir par aller au-delà de ce que l'on avait au départ imaginé.

 

 

Attention, je ne suis pas en train de promouvoir "l'abandon de thésard": j'ai connu certains doctorants dépressifs parce que leur projet était mal pensé et qu'ils ne voyaient leur encadrant que deux fois par an. Quand le sujet ne marche pas très bien, ou que le doctorant n'est pas un cador, cela peut vite tourner au massacre, et personne n'en sort grandi ou gagnant.

Non, tout cela doit se faire en contact constant avec le doctorant, le degré d'autonomie dépendant également largement de la qualité scientifique de celui-ci. J'accepte, contrairement à certains collègues ("si je n'ai pas un bon candidat, je décline la bourse"), d'avoir des étudiants "moyens" avec lesquels il faudra passer plus de temps qu'avec d'autres. Essayer de faire progresser les gens, c'est aussi mon job*. 

Comme je n'ai pas un large groupe et que je ne suis pas si souvent que ça absent, ma porte est toujours ouverte pour discuter. Si le thésard ne la franchit jamais, j'essaye au moins de faire un point hebdomadaire, même informel, avec lui.

C'était à peu près la pratique de mes encadrants de thèse. Mon chef, en post-doc, qui avait un groupe d'une douzaine de personnes, formalisait un peu plus la chose, mais, bon an mal an, était suffisamment organisé pour passer 1h toutes les deux semaines en tête à tête avec chacun de ses étudiants (je crois que ce n'est plus tout à fait le cas désormais...).

 

 

Je suis donc toujours prêt à discuter, à analyser les résultats, à évaluer la qualité des manipes, à suggérer des pistes en cas de blocage, et à "recadrer" en termes de planning et de priorités si besoin. Je vais aussi essayer de faciliter la vie "administrative" du doctorant (en termes de commandes notamment), pour que le système soit le plus transparent possible pour lui (j'estime que si emmerdes il doit y avoir, ce n'est pas son problème) et qu'il soit dans de bonnes conditions de travail.

Par contre, je ne vais pas faire les manipes à la place du doctorant (même si je peux l'accompagner les premières fois pour le former - en tout cas sur les rares manipes où j'en suis encore capable-). Je ne vais pas refaire les manipes** pour vérifier qu'il a bossé correctement (même si je vais essayer, au mieux, de regarder la reproductibilité, les conditions expérimentales, suggérer des contrôles, etc; cela ne peut pas vraiment fonctionner sans un minimum de confiance). Je ne vais pas rédiger les premiers jets des manuscrits. 

 

 

J'aime bien le mot américain "advisor", ou "mentor". Je ne considère pas qu'un doctorant est un "stagiaire de 3 ans" qui est là pour me décharger du travail ingrat et salissant que je n'ai pas le temps ou ne veut pas faire moi-même... J'essaye donc d'adapter cette "philosophie" à mon comportement d'encadrant, même si j'ai encore, très certainement, des progrès à faire***.

 

 

* Cela peut sembler un truisme mais je ne suis pas sûr que tout le monde en soit persuadé dans un labo: je ne crois pas qu'un laboratoire ne puisse fonctionner qu'avec des De Gennes.

** Un collègue, par exemple, avait coutume de venir le week-end refaire les manipes de la semaine de son thésard. Outre que cela ne créait pas vraiment un climat propice au dépassement de soi, cela n'était pas extrêmement efficace...

*** je suis notamment assez soupe au lait, surtout quand je suis fatigué. Je peux donc un peu monter dans les tours quand je trouve par exemple que l'étudiant n'a pas assez réfléchi/ne s'est pas assez posé de questions avant de maniper et que donc une semaine ou plus de boulot tombe à l'eau...

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 10:06

Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait un petit post obsessionnel sur l'administration de la recherche. Youpi! Non? Bon tant pis.

 

Je disais hier sur Twitter, pour changer et avec toute la subtilité que permet cet outil, qu'elle était pléthorique et castratrice.

 

@lazette, qui a si je comprends bien quitté le monde de la paillasse pour celui de l'administration de la recherche, répondait à mon "pléthorique" par quelque chose du genre "si seulement c'était vrai".

 

La discussion continue aujourd'hui, et je ne pense pas que nous soyons tout à fait d'accord, mais selon moi, entre autres points de désaccord, nous ne regardions pas forcément à la même échelle: si on regarde globalement, on arrive en ordre de grandeur à 1 administratif pour 1 chercheur, ce qui est, toujours selon moi, énorme.

 

Cela vaut le coup de développer un peu ici.

 

En gros, il y a l'échelle "labo", généralement sous-dotée en terme d'administratifs. Dommage, car ce sont ces administratifs là qui font le plus tourner la boutique question recherche.

C'est à cette échelle là que sont confrontés le plus souvent les doctorants, post-doctorants ou jeunes chercheurs "préservés" (ils voient parfois pour signer leur contrat les ressources humaines ou le service financier, mais ça s'arrête là).

Toutefois, il y a ensuite, en général (certains établissements "d'élite" sont un peu préservés, mais ils ne représentent pas la "norme française" tant enviée), un empilement de structure pour arriver aux services centraux de l'établissement. A chaque structure son lot d'administratifs, le ratio global augmentant de plus en plus.

 

J'ai l'impression naïve qu'on gagnerait à mieux répartir les forces administratives, notamment en "décentralisant" (je parle à l'échelle d'un établissement): beaucoup de choses pourraient être gérées à l'échelle du laboratoire, si celui-ci était doté en personnel adéquat, sans avoir à remonter jusqu'au sommet.

 

Mais plutôt que de gloser sur ce qu'il faudrait faire (je ne suis pas politicien), je vais illustrer mon estimation à l'aide d'un exemple, l'établissement où je travaille, établissement d'enseignement supérieur assez singulier mais relativement "moyen" selon les critères d'évaluation en vigueur, donc probablement plutôt représentatif de ce qui se fait en France. 

Je l'ai choisi parce que j'ai un accès relativement facile aux "données" (à savoir un annuaire détaillé, pas forcément très à jour): j'ai "travaillé" assez rapidement donc il y a une barre d'erreurs sur les chiffres que je donne, mais pas gigantesque. L'ordre de grandeur est bon, comme on dit pudiquement en physique.

 

Méthodologie (c'est un grand mot)

Je vais comparer le ratio administratifs versus enseignants chercheurs "permanents" (noté R) car ce sont les données dont je dispose le plus facilement.

On pourrait faire d'autres comparaisons, mais elles me demanderaient plus de travail en profondeur, que je n'ai pas forcément le temps ou les moyens de faire. Je vais néanmoins donner les chiffres globaux et bruts pour ceux que ça intéresse: nous comptons environ 350 enseignants-chercheurs (EC) permanents, 170 enseignants-chercheurs non-permanents, pour un personnel total de 1700 personnes (dont environ 35% de CDD: le distingo est fait dans l'annuaire entre EC et ATER, pas entre "administratif titulaire" et "administratif en CDD"). Il y a environ 1150 BIATOSS (ingénieurs, techniciens, administratifs, bibliothécaires etc) dont, d'après le bilan AERES, 150 environ sont dédiés à des activités de recherche. 

A ce personnel, il faut rajouter environ 150 doctorants et post-doctorants, mais la situation est un peu complexe (une bonne partie de la recherche est "externalisée", par le biais de cotutelles etc, il est donc difficile d'évaluer le nombre exact de doctorants, ce qui explique en partie que je me contente du chiffre des EC).

Concernant ce que j'appelle "administratif": je vais essayer de préciser autant que faire se peut dans la suite, mais sur le pool de 1000 BIATOSS non affectés en recherche, je ne compte pas par exemple les informaticiens, les plombiers, électriciens, agents d'entretiens, préposés au courrier, vigiles, livreurs, bibliothécaires etc. Je néglige également une structure "externe" de l'établissement qui n'est pas directement reliée aux missions d'enseignement et de recherche, et emploie 100 personnes. 

Sur les 1150 BIATOSS, je ne retrouve la trace, à la louche que de 850/900 dans l'annuaire, répartis quasiment pour moitié entre "administratifs" et "autres" (selon la distinction ci-dessus). Mais 25% d'écart me semble au premier ordre assez correct ici (cela ne ferait qu'augmenter R, quoi qu'il en soit). Il y a un bon nombre de "bureaux" ou "services" constitués de 2 à 5 personnes, donc assez durs à lister quand on n'a pas une journée devant soi. Je pense que j'arriverais à 1000 en les prenant en compte. L'erreur résiduelle peut être simplement lié aux fluctuations de personnel et à la mise à jour imparfaite de l'annuaire, je vais donc m'en satisfaire. Les imprécisions ne jouent qu'à l'échelle "Etablissement": pour les sous-structures, je n'ai je pense raté personne.

Je vais parler des différentes structures auquel j'appartiens, dans l'"ordre". Chaque structure est une "somme" des précédentes.

 

Ceci posé, commençons par la première échelle, celle du laboratoire auquel j'appartiens (ou équipe pédagogique, pour les raisons explicitées ci-dessus concernant la recherche). 

- Equipe pédagogique: On compte 10 EC permanents (+ 1 ATER et 7 ingénieurs/techniciens). Il y a 1 secrétaire pédagogique. Partout où je suis passé, cette proportion est pour cette échelle assez classique.

R = 0.1

 

La deuxième structure, le département, regroupe un certain nombre d'équipes pédagogiques ou de recherche.

- Département: 30 EC permanents, 8 administratifs, dont 3 au moins affectés à la direction de la structure elle-même (et 3 secrétaires pédagogiques). 

R = 0.27

 

On trouve ensuite une super-structure regroupant un certain nombre de départements. L'établissement est divisé en deux super-structures (en gros, sciences dures et sciences molles) de taille équivalente à moins de 5% près.

- Super-structure: environ 175 EC permanents, 85 administratifs, dont environ 30 affectés au fonctionnement de la structure même, le reste étant réparti dans les départements.

R =  0.49

 

Enfin, nous avons l'établissement lui-même, et toutes les composantes administratives afférentes (ressources humaines, comptabilité, service financier, juridique, scolarité, diplômes, etc etc).

- Etablissement: 350 EC permanents, les 170 administratifs des deux super-structures (cf ci-dessus, en multipliant par 2) plus environ 250 des divers services mentionnés ci-dessus soit au total 420. 

R = 1.2                              (R' = 0.8 en ajoutant les EC non-titulaires)

 

 

D'un point de vue personnel, mes emmerdes commencent dès que je dois m'adresser à quelqu'un au niveau "super-structure". A l'échelle de l'établissement, il faut généralement me mettre sous perfusion de Xanax au bout d'une demi-journée.

 

 

 

 

Post-scriptum analytique

De mes expériences (limitées), il y a deux cas de figure qui ne fonctionnent pas mal.
- Les établissements (souvent des grandes écoles ou des instituts biomédicaux) de taille similaire à celui dont je parle ici (en terme de nombre d'EC), mais sans sous-couche supplémentaire entre l'échelle labo et l'administration centrale.
- A l'inverse, dans les établissements énormes où ces sous-couches sont un passage quasi-obligé, on peut trouver des labos ayant beaucoup de poids (soit par leur taille, soit par leur "excellence scientifique", soit par leur assise politique, soit les trois) qui parviennent donc à quasiment tout traiter en local sans qu'on leur demande trop de comptes.

Dans les deux cas, l'optimum pour R, du point de vue de ce qui est visible pour l'EC, doit se situer, je pense, autour de 0.2-0.3...
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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 17:33

J'ai discuté récemment avec un collègue qui me racontait que dans son département, le responsable avait il y a quelques années, demandé en début d'année si les gens étaient prêts à faire 20 heures complémentaires (payées) par rapport aux 192 réglementaires. Visiblement, une moitié des enseignants-chercheurs a décidé de la jouer "perso", donc de refuser, les bonnes poires se retrouvant finalement plus près des 30-40 que des 20 initiales.

 

Un autre collègue d'une université prestigieuse m'a aussi dit qu'il faisait des demandes de délégation CNRS annuelles, pour 6 mois, qu'il obtenait quasiment à chaque fois et m'a demandé pourquoi je n'en faisais pas autant.

Outre que je ne sais pas si moi, on me l'accorderait, je lui ai répondu que notre équipe pédagogique était constituée de 5 personnes, les mêmes avec qui je fais de la recherche: donc, si j'obtiens des décharges, ce sont mes cobureaux et partenaires de travail qui trinquent, pas des inconnus potentiellement non-publiants (à sa place c'est comme cela que je me donnerais bonne conscience).

 

Cela dit, je suis d'accord avec un autre collègue qui, là où il enseigne, refuse un certain nombre d'heures complémentaires lorsqu'il a l'impression que le "besoin" ne se justifie pas: typiquement, les doublements de séance en alternance pour faire plaisir aux entreprises, les TPs à 8 groupes quand 6 suffiraient largement, les licences pro montées de bric et de broc parce que c'est bien vu en ce moment et qui nécessitent de trouver 500HED pour 15 inscrits, etc etc. J'ai moi aussi largement milité pour une "rationalisation" de notre offre dans l'équipe...

 

Bref, j'essaie, je crois, de la jouer collectif au sein d'une petite équipe pédagogique et de ne négliger ni mes enseignements ni mes élèves ni mes collègues, mais je pense aussi à moi: je n'aime pas être pris pour un larbin; je n'aime pas non plus les argumentaires faisant appel au dévouement, à la passion, bref au "sacerdoce de l'enseignant" *.

J'ai l'ambition de faire une recherche honorable, d'y passer du temps, et de passer Professeur un jour. Je ne conçois pas mon métier comme 100% d'enseignement, 50% d'administratif et 10% de recherche le soir et le week-end.

Mais je me rends compte que le juste équilibre est difficile à trouver...

 

 

 

 

* vous savez, les arguments du genre "si tu ne t'en occupes pas, personne ne peut et ne veut le faire, tout s'écroule et ce sont les élèves qui vont en pâtir"

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 19:08

Que faire des enseignants-chercheurs non-publiants?*

Question complexe.

A laquelle comme toujours l'administration va trouver une réponse aussi simple qu'inadéquate.

 

Un exemple dans l'établissement qui m'emploie:

Il a été décidé que les non-publiants ne seraient pas affectés à des équipes de recherche. Soit. J'imagine que ça permet entre autres d'avoir des évaluations AERES pas trop pourries au moins au niveau des équipes.

 

Sauf que, j'entends depuis un bon bout de temps la rumeur (qui semble se confirmer car je viens de croiser un non-publiant en train de gueuler comme un putois à ce propos dans un couloir) que les heures complémentaires des personnels non affectés à des équipes de recherche ne seront pas payées. Soit.


Mais alors si je comprends bien, l'an prochain, les non-publiants diront fuck off à tout ce qui est au-delà de leurs 192HED statutaires (en tout cas c'est ce que je ferais à leur place)**. Or les heures complémentaires à faire existeront toujours.

Donc qui qui c'est qui devra les faire? Les personnels des équipes de recherche, eg les publiants. Donc, ils auront moins de temps pour faire de la recherche, donc ils publieront moins.

 

C'est con hein? Est-ce que quelque chose m'échappe, est-ce que je suis le seul à m'être rendu compte que c'est la quadrature du cercle ou est-ce que tout le monde s'en fout?

 

 

* Addendum: comme Aisling le souligne en commentaire, il est aussi possible que la réponse soit "rien", dans la mesure où la nouvelle mouture de l'AERES n'évaluera plus cette population. Toutefois, la "compétition internationale" ainsi que l'autonomie me fait croire que les universités continueront de s'en préoccuper.

 

** parce que bon, faut pas rêver, les universités ne vont pas recruter à tour de bras... non seulement ce n'est pas le chemin suivi par la fonction publique actuellement, mais il faut aussi être conscient que payer un vacataire ou des heures sup coûte beaucoup moins cher que de recruter un ATER, sans parler d'un MCF ou d'un PU. (à la louche, 200HED d'HC ou de vacations = 10k€ pour l'employeur, 1 ATER = 40k€)

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